Ai-je encore le droit de me taire, lorsque je sais, lorsque je vois, en ai-je le droit ?

Ai-je le droit de me taire lorsque je vois, j’ai vu, la lumière quitter tes yeux, autrefois brillants de vie ?

Ai-je le droit de faire comme si tout allait bien, niant la cruauté du monde jouant à cache-cache avec le néant ?

Ai-je le droit de nier le vent dément, charriant dans sa folie les consciences endormies, ou simplement, réduites au néant ? En ai-je le droit ?

 

Derrière l’écran où se déroule l’un des films les plus noirs de nos vies, ils sont tapis dans l’ombre qu’ils désignent lumière, avons-nous le droit de nous taire et de les laisser faire ? Leurs doigts agitant les ficelles des pantins, sans aucune conscience du bien ou du mal, dans ce lieu où cela ne les atteint pas, mais nous, avons-nous le droit de continuer à marcher de la sorte, nos pieds meurtris par la vérité, endoloris des coupures du temps interminable, taché du sang des innocents ?

 

Et si je pose la question, c’est sans doute parce que la réponse danse, tous voiles dehors, devant nos yeux…

C’est sans doute parce qu’elle crie : « Voici ce que tu dois faire, c’est un devoir ! C’est TON devoir ! » en ôtant ses parures, dévoilant alors la vérité pure, sans masque aucun, sans tissu opaque qui viendrait la ternir, l’abîmer, l’effrayer.

 

Derrière les discours inquiétants se cachent des ombres menaçantes, toujours, le chantage des oiseaux de proie : ils n’ont pas fini de se régaler du festin de la foule en délire, ivre de peur.

Ai-je le droit de me taire en tendant mon bras, fermant les ailes de la raison qui hurle parce qu’elle veut nous protéger, berçant de ses doigts gourds ce qui nous reste de raison et de passion ? Quelques gouttes de vie, vite diluées dans l’oppression du temps mort, parce qu’il se répète sans cesse en une boucle infernale, un serpent qui mord sa queue en crachant son venin...

 

Ai-je le droit de me taire sans rien faire, en regardant demain, sombre horizon barré de nuages opaques ?

Ai-je le droit de fermer ma raison, comme un clapier où se battraient toutes les folies de la déraison, ce qu’on nous dit ? En ai-je de droit ?

Mais si je pose la question, c’est bien parce que je sais, comme tu le savais aussi lorsque tu étais encore des nôtres, malgré la maladie : jamais elle n’a atteint la beauté de ton cœur, qui dicte mes mots puisque ta chair n’est plus là pour lutter avec nous…

Les anges eux-mêmes soutiennent nos combats, lorsqu’ils sont justes.

 

À Yachar, pour toujours…

Zalma-Solange Schneider

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